Développement harmonieux

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N°37 - Décidez de votre vie



Développement harmonieux

Clotilde Richard

L’équilibre des trois centres

La 4e Voie de Gurdjieff - et à sa suite la Psycho-Anthropologie de Selim Aïssel - parle des trois “centres” de l’être humain : centre intellectuel, centre émotionnel, centre physique (lui-même subdivisé en centre des mouvements, centre des instincts, centre sexuel). Gurdjieff avait d’ailleurs créé un institut “pour le développement harmonieux de l’être humain”. C’est un constat que nous pouvons faire : en dehors de quelques cas exceptionnels, les gens qui sont plus développés dans l’un de leurs centres et déficients dans les autres, réussissent moins bien que des gens plus ordinaires, mais plus équilibrés dans leurs centres. Le fait d’avoir trop de lacunes dans un centre, handicape l’évolution des deux autres, donc on réussit moins bien ce qu’on entreprend. Dans le domaine professionnel, on peut être supérieurement intelligent, si l’on a des lacunes au niveau de la mise en œuvre, si l’on n’incarne pas correctement les projets dans des actions bien précises, on ne réussit pas. On peut aussi être handicapé au niveau émotionnel, par exemple par la timidité ou, à l’opposé, par une trop grande agressivité. Dans le domaine physique, des sportifs extrêmement doués et capables d’exploits à un moment, peuvent saboter leur carrière à cause d’un manque d’intelligence ou bien durer moins longtemps que d’autres pourtant moins doués parce qu’ils ont un psychisme moins fort, par exemple.

Plus le développement est harmonieux, meilleure est l’adaptabilité, donc l’adaptation à la vie. Gurdjieff considérait que l’évolution, la transformation de soi, était pour l’être humain une entreprise très difficile, qui demandait justement la plus haute adaptation à la vie, et à la vie dans ce qu’elle a de plus élevé. Donc, plutôt que d’être extrêmement doué dans un domaine, il vaut mieux développer l’ensemble de sa nature.

Reconnaître ses faiblesses

C’est ce que Gurdjieff avait compris, d’où le nom donné à son institut, et la forme que prend le travail qu’il propose dans le cadre de la 4e Voie. Ce travail de connaissance de soi, par l’observation de soi et l’interaction avec les autres au service d’un but élevé, permet de voir le lieu de ses faiblesses. Lorsqu’on sait que sa faiblesse la plus grande est dans le domaine physique, une trop grande sédentarité par exemple, et qu’on comprend le handicap que cela représente, on peut travailler à s’équilibrer dans cette direction. L’observation permet de cerner ses propres limites, ses propres faiblesses, pour pouvoir y remédier et atteindre plus vite l’équilibre. Il est évident qu’on pourra utiliser les autres centres pour faire ce travail. Quelqu’un qui est faible émotionnellement pourra utiliser son centre physique pour sortir d’une émotion négative en allant courir ou jardiner ou faire du ménage, et ensuite, il pourra avoir recours à son centre intellectuel pour raisonner, comprendre mieux, penser plus clairement au sujet de cette colère qui l’a submergé : il utilise ses forces physiques et intellectuelles pour équilibrer son centre émotionnel. Mais pour cela, il faut évidemment avoir observé et compris quelles sont ses limites et ses faiblesses.

La suite dans la revue n°37