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N°42 - La psychologie du non-conflit



Guérir son couple

Résolution des conflits conjugaux par la communication non violente

Françoise Mazuir
psychologue, thérapeute familiale


Un secret

Premier lieu de nos amours et de nos désamours, le couple est le théâtre privilégié où se jouent nos conflits intérieurs et relationnels, selon des scénarios bien rôdés et toujours répétés. Alors que l’on attend de cette relation le soutien et le réconfort qui satisfassent un besoin de sécurité intérieure, les difficultés que nous rencontrons dans nos relations de couple provoquent généralement de grandes souffrances, décuplées par la sensation d’impuissance, d’incompréhension réciproque, et l’illusion toujours présente et sans cesse déçue d’un amour romantique et bienfaisant. Mais finalement, ces tensions conjugales, ces conflits, sont-ils le signe de l’échec d’un projet à deux et la preuve d’une “erreur de choix” du partenaire ? Ou bien sont-ils le passage nécessaire vers une recherche d’harmonie qui met en jeu le dépassement de soi-même et participe à notre pleine réalisation d’être humain ? C’est sur cette option que parient les couples qui s’engagent dans un processus thérapeutique, pour construire des solutions nouvelles, et transformer les difficultés en occasions de croissance, pour chacun et pour le couple.

Une demande souvent cachée

Il est vrai que souvent, au moment de la consultation, ce but n’est pas encore présent, loin s’en faut. Il n’est pas rare que le thérapeute soit en réalité convoqué sur une place d’arbitre, pris à témoin par chacun des partenaires pour déverser plaintes et allégations, dans l’espoir secret que la parole “autorisée” du professionnel finira par convaincre l’autre que “quand même, c’est bien moi qui avait raison”. L’idée même de la conciliation possible est donc généralement une notion à construire dans ce premier temps de la thérapie. L’un et l’autre vont devoir accepter de lâcher quelque chose à quoi ils tiennent (que ce soit un privilège dont on bénéficie, un certain regard sur les choses et la vie, l’explication que l’on s’en donne) pour intégrer et faire une place réelle à l’autre dans sa différence. Processus d’apprentissage, que le thérapeute accompagne d’autant mieux qu’il a quelques clés pour décrypter les moteurs des conflits et quelques outils pour aider à la transformation. Nous verrons une clé, et un outil.

Entrer en relation avec l’autre avec nos sens

Premier temps important de la thérapie : ce moment où chacun s’engage sur le chemin de sa propre histoire. Il s’agit d’utiliser le motif principal des plaintes et allégations sur l’autre (“Il n’est jamais disponible pour moi. C’est vrai, quoi, chaque fois que je te demande quelque chose, tu es déjà occupé  !”), pour découvrir ce que M. Elkaïm désigne sous le nom de “programme officiel”  : “Ce que je veux, c’est de l’attention”, pour suivre notre exemple. Nous voyons alors que cette plainte vient en réalité confirmer et renforcer ce qu’il appelle “la carte du monde” : “Je ne mérite pas d’intéresser qui que ce soit”. Ce schéma de pensée s’est construit dans les années d’enfance, que ce soit par modélisation sur le couple parental ou par intégration de messages contraignants des parents. C’est ainsi que le comportement qui me pose problème chez l’autre répond en fait à une demande non formulée, à une attente qui est, elle, inconsciente. Pour douloureux que puisse être mon vécu dans le couple à ce moment-là, il me rassure parce qu’il est ce que je connais. Cette prise de conscience permet de démasquer comment ma plainte est aussi un “bénéfice” auquel je tiens et je peux du coup voir tous les moyens subtils par lesquels je maintiens l’autre dans cette position que je lui reproche par ailleurs. S’éveille alors naturellement le besoin de prendre en charge nos besoins réels et de se rendre responsable de nos attentes explicites. Le couple est mûr pour passer de la plainte à la demande.

Un outil de communication : la CNV

Quand un couple a inscrit dans son interaction des habitudes de reproches et critiques mutuels, il s’agit d’inventer un nouveau ton pour se dire les choses, d’apprendre à s’exprimer pour que la demande soit entendue par l’autre sans qu’il se sente accusé et donc sans qu’il soit poussé à mettre en place les mécanismes de défense qui fonctionnent généralement depuis des années. La Communication Non Violente, ou CNV, créée par Marshall B. Rosenberg dans les années 1950, est un outil précieux dans ce parcours thérapeutique du couple. Rosenberg la définit comme “un mode de communication, d’expression et d’écoute, qui favorise l’élan du cœur et nous relie à nous-mêmes et aux autres, laissant libre cours à notre bienveillance naturelle.” On pourrait résumer les principes de la CNV de la façon suivante  : “Dans tout échange, nous sommes à l’écoute de nos besoins les plus profonds et de ceux de l’autre. La CNV aiguise notre sens de l’observation et nous incite à identifier les comportements et les situations qui nous touchent. Nous apprenons aussi à définir et à formuler clairement ce que nous souhaitons dans une situation donnée. Pour élémentaire qu’elle paraisse, cette démarche est un puissant moyen de transformation”...

Une procédure en 4 étapes

Différencier demandes et exigences

De l’utilité de la CNV dans le couple