La psychologie du non-conflit

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N°42 - La psychologie du non-conflit



La psychologie du non-conflit

Dr Brice Jansen
psychiatre


Refus et opposition

Si la majorité d’entre nous aspire à une vie harmonieuse et sans conflits, la réalité de notre quotidien nous montre que nous sommes bien rarement dans cette situation. Notre quotidien nous confronte en effet à toutes sortes de situations relationnelles difficiles, que ce soit avec nos collègues de travail ou nos proches : l’un est agressif à notre égard, ou coupe toute relation, et nous avons du mal à gérer cette attitude ; l’autre “nous énerve” parfois, sans même que nous comprenions pourquoi ; un autre encore ne se comporte pas comme nous le souhaiterions et nous avons des exigences à son égard. Il en va ainsi de bon nombre de nos relations. En observant d’un peu plus près, nous pouvons découvrir toutes sortes d’autres réactions face à ce qui nous arrive et qui ne se limite pas à nos relations. Il s’agit de toutes nos réactions face aux moindres contrariétés que la vie nous amène : le temps qu’il fait dehors, la machine à café qui ne fonctionne pas ce matin, le discours d’un homme politique à la radio qui me fait réagir négativement. Il y a aussi toutes ces réactions que nous avons visà-vis du temps : je m’énerve parce que je suis en retard, parce que je suis tenu par des délais trop serrés, parce que “je n’ai jamais de temps pour moi”. Même vis-à-vis de nous-même, nous sommes souvent en réaction : je me reproche de ne pas être assez efficace, d’être trop gros ou trop maigre... Ces exemples illustrent le fait que, bien souvent, face à ce que la vie nous amène comme personnes ou comme situations extérieures, un mouvement automatique de refus et d’opposition se met en place. Ces réactions semblent pour certaines tout à fait anodines, et pourtant elles remplissent tellement notre quotidien qu’elles nous amènent à nous sentir de plus en plus fatigués et aigris.

Confrontation et conciliation

Comment expliquer que nous soyons ainsi en réaction face à ce qui nous arrive ? On peut considérer que la vie m’amène moi, avec ma volonté et mes désirs, à entrer en relation avec le monde et les autres… qui ont leur volonté et leurs désirs. Ainsi, à ce mouvement qui est le mien répond inéluctablement un second mouvement venant des autres et du monde qui est contraire au mien. Une première façon de gérer cette situation est justement le conflit : soit je l’emporte et, dans ce cas, j’impose mes désirs aux autres (ce faisant, je considère que ma manière de penser ou de ressentir est meilleure ou plus valable que celle des autres) ; soit je perds ou me soumets et je subis alors les désirs des autres. Dans ces deux cas, il y a lutte et confrontation entre ces deux mouvements. Or il existe une alternative à cette solution conflictuelle. Elle consiste à voir chez les autres un mouvement non pas opposé, mais complémentaire au mien. Cette attitude intérieure de non-conflit permet ainsi d’intégrer le mouvement de l’autre en cherchant le moyen de concilier ces deux mouvements. Les bouddhistes considèrent le conflit (ou la haine) comme l’un des “trois poisons” de l’être humain. Selon cette philosophie, ce poison est à l’origine de toutes les maladies physiques et/ou psychologiques ; dans une perspective plus spirituelle, il est un des facteurs puissants bloquant toute évolution intérieure possible. Nous allons examiner à présent les conséquences du conflit en nous référant à des études scientifiques qui se sont intéressées à cette question...

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