Pour commander le magazine complet, cliquez sur le lien suivant :
N°42 - La psychologie du non-conflit
Les origines du conflit
Ou comment ne pas oublier le but ultime de la vie
Francis Sehl
formateur
Une Vérité plus Vraie
Récemment, j’ai pu voir à la télévision un débat d’idées entre politiciens. Ce qui m’a frappé est que, prises individuellement, les idées exprimées par chacune des personnalités semblaient intéressantes pour améliorer la vie quotidienne, mais que chacun se croyait obligé de poser ses idées comme une opposition aux idées d’un autre. On avait l’impression que chacun détenait La Vérité, ou au moins une Vérité plus Vraie que celle de tous les autres. Chacun se sentait “obligé” de clamer haut et fort sa différence, se mettant par là au-dessus de l’autre. Dans les jours qui ont suivi, j’ai pu constater que ces petits conflits ne se limitent pas à la vie politique, mais se retrouvent dans la vie courante, dans les réunions familiales, dans le milieu professionnel, dans les discussions matinales à propos des informations ou des équipes de foot. Chacun affirme son opinion et critique l’interlocuteur qui est d’une autre opinion. Voyant cette force qui semble s’imposer à chacun, j’ai essayé d’en comprendre le mécanisme. Plutôt que de concocter ma propre théorie, ma propre opinion, qui serait alors en conflit avec la théorie ou l’opinion d’un autre, j’ai essayé de trouver si, chez les grands penseurs et sages, il existait un avis commun sur le conflit, la gestion des conflits, la Vérité peut-être.
La source : l’ignorance du but ultime de la vie
La première chose qui m’a interpellé est qu’il y a une grande différence entre les propos des sages et les préoccupation habituelles des êtres humains. En effet, que ce soit dans la 4e Voie de Gurdjieff ou la Psycho-Anthropologie de Selim Aïssel, dans l’anthroposophie de R. Steiner, ou même dans des écrits beaucoup plus anciens, dans le bouddhisme, dans la philosophie de Platon par exemple, on trouve cette idée qu’il existe un monde ordinaire, avec des besoins ordinaires sur lesquels les humains ont tendance à focaliser leurs préoccupations quotidiennes, et qu’il existe un monde des causes, appelé spirituel, ou “divin” ou “Royaume des cieux”, et vers lequel notre vie ordinaire peut devenir une passerelle d’accès. Selon les sages, la source de tous les conflits est l’aveuglement de l’être humain qui considère la vie matérielle comme plus importante que la vie dite spirituelle, au point qu’il oublie constamment cette nature spirituelle. Cet aveuglement est dû à l’ignorance, la non perception du but ultime de la vie humaine, qui serait de développer la possibilité de devenir un être “réalisé” (au sens de réaliser sa propre nature spirituelle), “éveillé” (au sens de “éveillé en permanence aux réalités spirituelles actives dans la vie de tous les jours”), “libéré” (au sens de devenir libre par rapport aux forces qui tendent à nous faire réagir automatiquement, sans conscience, aux stimuli de la vie extérieure). Selon toutes les formes de sagesse, le but ultime de la vie humaine, ce qui lui donne un sens, est d’évoluer sur Terre pour atteindre, dans cette vie, ou peut-être dans une autre, un état d’être supérieur. En effet, toutes se rejoignent aussi sur l’idée qu’il existe une possibilité d’évoluer à travers des vies successives, à travers “la roue des incarnations” selon les uns, “la récurrence” selon d’autres.