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N°38 - Spécial 10 ans de croissance personnelle... et spirituelle
Au coeur du mystère
Propos recueillis par Maya Ollier.
Copyright André Comte-Sponville
La nature a-t-elle quelque chose à nous dire sur nous-même ?
La nature n’a rien à dire à personne. Il n’y a de discours que pour et par un sujet ; or la nature n’en est pas un. Elle ne veut rien dire, rien faire : elle n’a ni signification ni fin. En revanche elle peut nous apprendre beaucoup, ou plutôt c’est nous qui pouvons apprendre beaucoup d’elle. Quoi ? Tout, c’est-à-dire elle-même, puisque la nature (pour moi qui ne crois à aucun surnaturel) est le tout de ce qui existe ! On ne peut rien connaître d’autre que la nature. Rien apprendre que par elle. Mais c’est nous qui apprenons : la nature n’est pas notre maître ; elle est notre lieu et notre objet. Lieu de vie. Objet d’étude. C’est pourquoi nous avons besoin des sciences. Non pour comprendre ce que la nature aurait à nous dire, mais pour apprendre ce qu’elle est, et ce que nous sommes. Non pour interpréter la nature, mais pour la connaître, et nous avec.
Car l’homme est dans la nature : tout ce qu’il peut apprendre sur lui-même, il l’apprend de la nature, et ne se connaît qu’en la connaissant.
Il n’y a pas de sciences humaines, ou plutôt elles le sont toutes. Les sciences de l’homme, pour autant qu’elles sont scientifiques, font partie des sciences de la nature. Et toute science est humaine, même les mathématiques, même la physique, puisqu’elles n’existent que par et pour l’humanité. Les quanta ne font pas de physique quantique. Les bactéries ne font pas de biologie. Les animaux (sauf l’homme), pas de zoologie. Il se peut, certes, que d’autres espèces vivantes existent sur d’autres planètes, qui auraient développé leurs propres sciences. Mais c’est qu’elles seraient douées de conscience et de raison.
Bref, on ne peut rien connaître que dans la nature ; mais ce n’est jamais la nature qui connaît.
La suite dans la revue n°38