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N°34 - Quels risques pour demain ?



Est-il trop tard ?

Nous devons changer notre vision et maîtriser notre pouvoir sur la nature :notre survie en dépend.

Prof. Gilles-Eric Séralini

Président du Conseil Scientifique du CRIIGEN

Interview Maya Ollier

Le CRIIGEN

Comment est né le CRIIGEN ?

Le CRIIGEN (comité de recherches et d’informations indépendantes sur le génie génétique) est né en 1999, après un an de rencontres, notamment avec l’ancienne ministre de l’environnement, Corinne Lepage. Nous étions plusieurs chercheurs, dès 1996-97, à vouloir faire un moratoire sur les OGM. Nous pensions que l’évaluation scientifique manquait à la fois de profondeur, de critères multidisciplinaires et d’éthique. Le but était d’offrir une expertise scientifique transparente, contradictoire et multidisciplinaire aux associations de citoyens, d’agriculteurs biologiques, de distributeurs alimentaires, etc. Les groupements qui avaient à faire avec l’alimentation ou l’environnement n’avaient pas de structure vers laquelle se tourner pour recevoir des conseils ou des avis sur la faiblesse des expertises qui leur étaient avancées, pour savoir comment faire de l’agriculture biologique sans être contaminés ou distribuer des aliments sans OGM, etc.

Combien d’experts êtes-vous, au sein du CRIIGEN ?

Une vingtaine d’experts dans différentes disciplines : juristes, biologistes moléculaires, sociologues (nous travaillons avec un gros laboratoire de sociologie du risque à l’Université de Caen), allergologues, entomologistes, médecins qui travaillent sur le cancer ou les maladies chroniques. Moi-même, je préside le Conseil Scientifique, et je travaille sur les effets des pesticides sur la santé, plus particulièrement sur les effets du Roundup et des OGM sur les maladies chroniques, spécialement celles qui dépendent des hormones.

La sociologie du risque

Qu’est-ce que la sociologie du risque ?

C’est la première fois dans l’histoire de notre espèce que nous sommes si nombreux sur Terre, la première fois que nous avons autant épuisé ou pollué nos ressources, la première fois que nous vivons une telle crise de la biodiversité, depuis 4 à 6 millions d’années que les hominidés existent. C’est la première fois que nous sommes capables de manipuler le patrimoine héréditaire des êtres vivants en nous substituant aux forces de l’évolution. La sociologie du risque est la prise de conscience de cette capacité à changer de monde, pour pouvoir la maîtriser et la contrôler au lieu de laisser ce pouvoir immense aux mains d’un infime nombre de manipulateurs. Il serait malsain et dangereux de ne pas avoir un contrôle à la mesure de cette puissance. Pour chaque outil, l’humanité s’est dotée de moyens de contrôle. Avec le couteau par exemple, on peut couper de la viande ou tuer son voisin, mais on a une justice et une police… La puissance de notre contrôle est le seul contrepoids pour contrecarrer la puissance de la technique, et ce contrôle va avec un développement de la prise de conscience de nos possibilités et de nos objectifs à long terme : est-ce qu’on favorise un petit nombre d’humains ou la diversité ? Quelle est la valeur de la vie humaine, et de la vie terrestre en général ?

Lire la suite dans la revue 34