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N°38 - Spécial 10 ans de croissance personnelle... et spirituelle
La chronique de Jean de Laprace
Pour une écologie de l'esprit IV
Au départ, l’argent était le résultat d’un travail, d’un effort, et la monnaie, dans ses différentes formes, une représentation de richesse avec une valeur déterminée, utilisée pour faciliter les échanges et la comptabilisation des biens. Dans l’histoire de l’humanité, l’argent constitue tout d’abord une richesse bien réelle. Au XVIIe siècle, les Hollandais sont les premiers à utiliser la Bourse pour financer des entreprises : la première entreprise à émettre des actions et des obligations fut la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, introduite en 1602. C’est en 1688 qu’on commence à coter les actions et obligations à la Bourse de Londres. Les actions représentent encore bel et bien une richesse réelle et productive – la valeur de l’entreprise sous-jacente.
Au XIXe siècle, la révolution industrielle permet le développement rapide des marchés boursiers, entraîné par les besoins importants de capitaux pour financer l’industrie et les transports. La spéculation sur les valeurs réelles, avec des paris à la baisse ou à la hausse, commence à prendre des proportions importantes. C’est la première étape de la “virtualisation” de la richesse.
Au XXe siècle, nous assistons à l’arrivée massive des produits dérivés, fleurons de notre système économique et financier : forwards, futures, swaps, options, warrants. Un dérivé est quelque chose dont la nature est “dérivée”, c’est-à-dire issue d’autre chose, d’autres produits tels que : actions, obligations, crédits, matière premières. Le secret d’un produit dérivé est un décalage dans le temps permettant deux choses impossibles à réaliser avec une simple transaction au comptant : la vente à découvert (possible de disposer de la valeur d’actifs sans pour autant les posséder réellement) et l’effet de levier (possible de financer juste une partie). Il s’agit là de la création d’un monde virtuel et synthétique de produits, que Warren Buffet a simplement classé comme “armes de destruction massive”. A titre d’exemple, le marché des Credit Default Swaps (CDS), à l’origine de l’effet domino des dernières crises économico-financières, est maintenant plus de 10 fois supérieur aux produits encore tangibles (prêts et obligations) sous-jacents. De plus, ces transactions (CDS) ne sont tout simplement pas réglementées !
Un monde parallèle, spéculatif, virtuel s’est largement développé. Et la question qui me vient à l’esprit est : dans une “virtualisation” de la richesse, qui paiera la facture finale?
Ceci me rappelle l’histoire de Connor McGregor qui devient le chef du clan McGregor et hérite d’une grande fortune. Le soir, au bar, ses amis se demandent comment la richesse a pu changer le comportement de Connor. Soudain, la porte s’ouvre violemment, Connor McGregor entre et salue ses amis. “Quand Connor McGregor boit”, s’écrie-t-il, “tout le monde boit !” Tout le monde est servi et boit son verre. Ses amis sont contents. Connor McGregor crie : “Et quand Connor McGregor paie, tout le monde paie !”
Le “virtuel” ne s’arrête pas là. Nous avons assisté à la dématérialisation des titres, à la suppression de toute référence à des matières précieuses dans l’émission de monnaie, à la dématérialisation des supports monétaires. Où est la richesse ? Quant seule une petite partie de l’argent en circulation représente quelque chose de tangible, comment éviter la faillite de tout le système ?
On raconte qu’à la fin de sa vie, on demanda au philosophe Diogène s’il avait trouvé ce qu’il avait cherché sa vie durant. Toute sa vie, avec sa vieille lampe toujours allumée, qu’il approchait du visage de ceux qu’il rencontrait, il avait cherché un être humain vrai, sincère, authentique, sans masque. Le jour de sa mort, le vieux Diogène répondit : “Tout ce que je peux dire à propos des être humains, c’est qu’ils ne m’ont pas encore volé ma lampe !”
La suite dans la revue n°38