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N°38 - Spécial 10 ans de croissance personnelle... et spirituelle
Salubrité, sécurité et pénurie alimentaire
C'est de ce scénario de la prestidigitation et de l’illusionnisme que la production alimentaire est otage
Pierre Rabhi
Les événements spectaculaires qui mettent en évidence les dangers alimentaires ne révèlent malheureusement que la partie émergée d’un immense iceberg fait de toutes les turpitudes d’une logique sans conscience et donc sans éthique : vaches folles, poulets aux hormones ou à la dioxine, porcs aux antibiotiques, salmonelles dans les produits laitiers, substances chimiques provoquant malaises et empoisonnements…
La liste serait trop longue : un monde complexe de tripotages, de macérations, de distillations, d’additions, de “concoctages” est à l’œuvre, et ce ne sont pas les réglementations qui mettront fin à ces cuisines du “diable”. Il semble que les germes et les toxiques de toute nature soient bien trop installés dans le tissu et les fibres du vivant pour que nous puissions les circonvenir avec des lois. Un travail de régénération globale est indispensable.
Cette situation résulte d’un grand malentendu qui nous a fait croire que nous pouvions impunément intervenir sur des processus d’une complexité qui dépasse notre capacité à les maîtriser. Faut-il encore et encore rappeler qu’il sera toujours, et quoi que l’on fasse, impossible d’avoir une nourriture de grande qualité sans comprendre, respecter et soigner la terre qui la produit ? Sans entrer dans le débat qui oppose parfois les végétariens aux non-végétariens, il sera toujours et de toute façon impossible à la fois d’infliger aux animaux concentration, souffrance, stress, nourriture dénaturée, substances de croissance, etc, et d’obtenir qu’ils nous transmettent par leur sacrifice autre chose que des protéines animales chargées de tous les “maléfices”. Faut-il rappeler que la vocation que nous avions eu l’honneur de donner à la terre avec l’agriculture est avant tout de nous nourrir ? Et que la glèbe du laboureur est un organisme dont le mutisme nous fait oublier qu’il est vivant ? Cet estomac élaborant des substances avec ses microorganismes, ses vers de terre, ses insectes, son complexe argilo-humique, l’eau, les gaz, la chaleur, les régulations et les processus, les énergies du soleil, du cosmos… est en fait notre premier estomac. C’est à lui que les plantes doivent leur nourriture avant que nous-mêmes et les animaux les ingérions.
La suite dans la revue n°38