Science, solidarité, spiritualité

prix 2,00 EUR
 
- Science, solidarité, spiritualité
Imprimer
N° d’identication : 38.03
livraison: 1 semaine
recommander à un ami
facebook
Liste de souhaits
en format digital:

Pour commander le magazine complet, cliquez sur le lien suivant :

N°38 - Spécial 10 ans de croissance personnelle... et spirituelle



Science, solidarité, spiritualité

Entretien avec Edgar Morin

SC : Les progrès de la science et de la technique étaient censés apporter le bien-être au plus grand nombre. Il n’en est rien et les inégalités ne cessent de se creuser. En quoi notre civilisation a-t-elle fait défaut en termes de solidarité ?

EM : Les développements scientifiques, techniques, économiques, qui sont liés les uns aux autres, ont rendu interdépendantes toutes les parties de la planète. Ce n’est pas seulement la dépendance des pauvres par rapport aux riches, mais celle des pays riches par rapport à leur approvisionnement en pétrole, en matières premières… une situation que décrit bien le philosophe Hegel, dans son approche de la relation maître/esclave : le maître finit par devenir dépendant de l’esclave, parce qu’il dépend du travail de l’esclave. Mais la conscience de l’interdépendance est extrêmement limitée et cette conscience ne produit pas de la solidarité. Il est effectivement important de s’interroger.

La science moderne occidentale s’est constituée au 17e siècle, avec pour règle de se consacrer uniquement aux faits et d’écarter tout jugement de valeur, une règle indispensable pour qu’elle conserve son autonomie face aux pouvoirs politiques et religieux ; souvenons-nous de l’affaire de Galilée.

Cette science, très marginale dans la société de l’époque, s’est développée ; elle est entrée au 19e siècle dans les universités et au 20e siècle au cœur de l’Etat. Ce qu’on appelle la technoscience est devenue une force formidable, capable de créer des armes pouvant détruire toute l’humanité, ce qui n’était jamais arrivé. On a alors pris conscience que la science s’est fondée en dehors de tout critère éthique ou moral et ne peut pas trouver à l’intérieur d’elle-même le principe de régulation éthique. Bien sûr, une partie des savants atomistes s’est interrogée après Hiroshima et aujourd’hui, des comités de bioéthique se créent un peu partout pour empêcher des manipulations dangereuses pour l’humanité. Mais la science n’a pas de pouvoir de contrôle éthique. La seule éthique est celle qui vient de l’humanisme ou de la religion. De plus, cette science, qui s’est fixé comme but la connaissance objective, a ignoré le fait que l’objet de connaissance est construit par un sujet, donc par un esprit humain qui applique ses catégories. Autrement dit, la connaissance n’est pas une photographie mais une reconstruction de la réalité. Or, la science ne peut pas regarder ce qu’elle fait, le scientifique n’a aucun instrument pour se regarder lui-même. D’où cette marche aveugle de la connaissance scientifique vers un devenir incontrôlé. Voilà pour le premier problème.

La suite dans la revue n°38